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Cet article a été écrit par René Fagnoni, le 1 mai 1983, archivé en catégorie Combats Syndicaux.

Hommage aux héros de la Commune

Oui, nous serons dépecés vivants,
Morts, nous serons traînés dans la boue.
On a tué les combattants,
on achèvera les blessés.
Ceux qu’on épargnera, s’il en reste,
iront pourrir au bagne.
Oui, mais l’Histoire finira par voir clair
Et dira que nous avons sauvé la République.

Eugène Varlin (27 mai 1871).

En s’adressant ainsi à Jules Vallès au cours des ultimes journées de la semaine sanglante, Eugène Varlin, ouvrier du Livre, membre de la Commune de Paris, fait montre d’un pressentiment dont le réalisme nous saisit à la gorge encore aujourd’hui.

Voilà plus d’un siècle, le 18 mars 1871, le peuple de Paris s’empare de son destin à bras-le-corps, en proclamant la Commune dont c’est l’anniversaire en ce temps des cerises. Devant la lâcheté passive de la bourgeoisie réactionnaire, seul, il décide de libérer la capitale de l’envahisseur prussien et, pour la première fois, cherche une forme d’organisation placée sous le contrôle des travailleurs.

Parce que, au travers de sa révolte farouche et désespérée, la Commune porte en elle l’espoir de tout un peuple en lutte, jamais nous ne garderons assez au fond du cœur le souvenir de ces événements qui firent de ce printemps 1871 le printemps de l’humanité tout entière.

 

À l’assaut du ciel

En leur rendant hommage aujourd’hui, il s’agit de rendre justice pour le patrimoine qu’ils nous ont légué, à des hommes qui furent, à la fois, les précurseurs et les continuateurs de l’un des plus vieux rêves de l’humanité, dont les origines et les luttes se perdent dans la nuit des âges. Face aux défaitistes et aux opportunistes de toutes les époques, ils sont l’honneur de la nation, car, pour la première fois dans l’Histoire, la Commune c’est :

  • la gestion des affaires du peuple par les représentants du peuple, élus au suffrage universel ;
  • la laïcité et la gratuité de l’enseignement mis au service de tous ;
  • l’accession de tout un peuple au droit à la culture, et toute une série de mesures sociales qui font qu’aucune révolution n’était allée aussi loin dans l’application de telles réformes.

Pendant que les membres de la Commune effectuent courageusement, dans la justice et avec un don de soi total, ces importantes transformations sociales, alors que G. Courbet, animateur du Comité des Beaux-Arts organise des concerts publics et ouvre largement à tous la porte des musées dans l’esprit le plus magnanime, la bourgeoisie versaillaise prépare son crime.

 

La semaine sanglante

On sait avec quelle folie sanguinaire elle s’est vengée du camouflet qui venait de lui être infligé pour sa lâcheté et sa trahison, nous donnant ainsi la mesure de ce dont elle peut être capable après avoir eu peur de perdre ses privilèges .

Jamais il ne sera possible de fixer avec précision le nombre des malheureuses victimes de la semaine sanglante, mais les historiens s’accordent pour en évaluer le nombre autour de 30 000.

La terreur révolutionnaire de 1793, en plusieurs mois, fit tomber au plus 2 600 têtes à Paris. Thiers, l’abominable assassin, fit massacrer, en une semaine, dix fois plus de Parisiens, auxquels il infligea un régime qui ne laisse rien à envier aux nazis et à leurs enfers d’Auschwitz ou de Dachau.

 

Comme Marat et Robespierre

Comme Marat et Robespierre quelques décennies plus tôt, les membres de la Commune étaient un peu voués à l’échec par les limites qu’ils ne pouvaient franchir dans le contexte de l’époque. Malgré ces limites, nous leur devons, comme à nos aînés, les sans-culottes de 1789, le plus bel exemple de courage d’un peuple luttant pour sa dignité et sa liberté. Déjà ils annoncent les soulèvements et les révolutions qui ont bouleversé l’univers entier jusqu’en cette année 1983, centenaire de la mort de Marx.

 

La Commune triomphante

Nous devons rendre la place qui revient à ces justes, des membres du Comité de la Commune aux prolétaires qui la défendirent de tout leur cœur, face aux flétrissures dont cherchent à les couvrir les historiens conformistes tremblant de peur devant l’exemple qu’ils continuent de susciter parmi les générations suivantes.

Ne serait-ce qu’à ce titre, il nous faut plus songer aujourd’hui à la Commune triomphante du 18 mars qu’aux derniers jours du mois de mai 1871, et, comme l’écrivait Jules Guesde, c’est  » dans cet esprit que nous saluons, et que tous saluent nos aînés, ceux qui ont héroïquement laissé trente-cinq mille cadavres sur la position qu’ils n’ont pas été en mesure de conserver, mais qu’ils avaient prise et que nous saurons, nous, les circonstances aidant, prendre et conserver « .

Encore aujourd’hui, au-delà des frontières, le prestige dont jouit la France, mère des révolutions, terre des libertés, revient pour la plus large part au combat d’avant-garde de nos vaillants anciens. Sans doute, nous objectera-t-on : à quoi bon faire resurgir ces prestigieux héros des siècles écoulés ?

Si l’étude du passé peut utilement éclairer l’avenir, alors le gouvernement de gauche de ce pays serait bien inspiré de rompre l’oubli dans lequel semble être tombé cet anniversaire.

En effet, il faut se souvenir que c’est la Commune de Paris qui a instauré les premières formes de contrôle populaire, associant dans l’enthousiasme l’ensemble du peuple aux prises de décision concernant le destin de la Nation. Devant le mur des Fédérés, beaucoup tombèrent pour cet idéal de justice et de fraternité que nous tentons difficilement de poursuivre aujourd’hui.

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