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Cet article a été écrit par René Fagnoni, le 1 octobre 1987, archivé en catégorie Combats Syndicaux.

Robespierre, Mourousi et le bicentenaire

Avec la nomination de personnalités comme Edgar Faure et Yves Mourousi aux postes de responsables de la célébration du bicentenaire de la Révolution française, le pouvoir en place a donné le coup d’envoi de l’un des temps forts de la période à venir. A ces  » girondins  » qui vont s’efforcer d’accaparer le devant de la scène pour récupérer à leur profit le vent de l’histoire, nous devons rappeler que l’esprit  » montagnard  » est bien vivant et qu’il perdure dans l’action militante de chaque jour comme dans les manifestations qui vont fleurir pour rappeler le souvenir de la Grande Révolution !

En débarrassant la France de la tyrannie, la Révolution a ouvert une ère nouvelle pour l’humanité tout entière à qui elle a donné l’exemple de formes supérieures de démocratie. Ce n’est pas le moindre de ses mérites que nous pouvons opposer à ses détracteurs de la Nouvelle Droite qui scrutent le bilan supposé négatif de ce coup de tonnerre qui retentit bien au-delà de nos frontières par l’exemple qu’il a suscité et qui, dans le monde entier, honore encore aujourd’hui la France, terre de liberté, mère des révolutions.

Bien que détournée de ses objectifs par la bourgeoisie, cette épopée n’en a pas moins profondément inspiré l’histoire du mouvement ouvrier. C’est pourquoi nous prenons l’initiative en consacrant une partie de notre bulletin à nos grands anciens de 1789, les inventeurs de l’idée même du bonheur et de la première déclaration des droits de l’homme.

Maximilien

De tous les personnages qui jalonnent notre histoire, Maximilien Robespierre est l’un de ceux dont la personnalité est la plus controversée.

Sans doute parce que la période de l’histoire à laquelle il est intimement mêlé est l’une des plus hautes en couleur de l’histoire universelle. Comme cette histoire, telle qu’on nous l’enseigne dans les manuels scolaires, a passablement défiguré l’image de  » l’Incorruptible  » pour en faire un personnage cruel et ambitieux, il est bien difficile de faire l’unanimité sur ce sujet.
A ce propos, il faut souligner le livre remarquable de Jean Massin sur Robespierre qui, à mon sens, restitue la Révolution de 1789 dans une juste perspective. Il s’inscrit dans la lignée des ouvrages qui, depuis quelques années, à la suite des recherches de l’historien Albert Mathiez, se sont efforcés de débarrasser Robespierre de toutes les calomnies dont la bourgeoisie réactionnaire l’a couvert après sa mort, pour nous le faire apparaître sous son vrai jour.

Thermidor

Cette version de l’histoire, plus conforme à la vérité des faits, me satisfait mieux. En effet, après l’avoir massacré sauvagement avec son frère et ses meilleurs amis – Saint-Just et Georges Couthon – les réactionnaires de Thermidor le chargèrent de tous les excès commis sous la Terreur. C’est précisément de ces calomnies que l’histoire officielle s’empara pour nous les faire enseigner sur les bancs de l’école. En revanche, on oublie trop souvent de nous préciser combien les  » brigands  » qui l’assassinèrent trahirent, après le 9 thermidor, l’idéal de la Révolution de 1789. Après avoir abusé le peuple, ils se rangèrent aux côtés des aristocrates pour faire régner la Terreur blanche, si propre celle-là qu’elle ne brutalisa jamais aucun banquier ni aucun noble, et si naturelle que les livres d’histoire en parlent peu.

S’il suffisait de juger un homme à la qualité de ses ennemis, en voilà plus qu’il n’en faut pour apprécier le destin tragique de Robespierre, victime d’une des pires machinations que notre histoire ait connues.

La loi de Prairial

A ceux qui lui reprochaient le sang versé sous la Terreur, et notamment la loi du 22 prairial qui visait à anéantir les traîtres et les conspirateurs, alors que la jeune République française était la proie de multiples complots à l’intérieur et aux frontières, Robespierre répond de façon péremptoire. Il rappelle tous les représentants de provinces commettant des abus pour les sanctionner, tel l’ultra-terroriste sanguinaire Fouché, qui ne lui pardonna jamais et fut l’instigateur du complot dirigé contre lui.
De tous ceux qui jouèrent un rôle prépondérant dans la Révolution française, l’action de Robespierre est celle qui, positivement, résiste le mieux à l’analyse des faits. N’oublions pas qu’il est le seul personnage de notre histoire à avoir été nommé  » l’Incorruptible  » alors que le truculent Danton, dont certains aspects de la personnalité peuvent attirer la sympathie, complota avec les aristocrates ; le fait est prouvé aujourd’hui par des documents retrouvés depuis.

Un idéal de justice

Si le personnage un peu rigide de Robespierre n’est pas exempt de défauts, comme son manque de contact avec le peuple des sans-culottes, lors de la proclamation de cette loi du maximum qui bloquait les salaires des ouvriers dans une période de famine, il nous apparaît aujourd’hui tragique dans son isolement.. Pour créer la première société nouvelle dont il rêvait, il avait pour unique fondement la doctrine sociale de Jean-Jacques Rousseau qui fut son maître à penser. Ainsi, par manque de moyens devant les difficultés énormes qui menaçaient la République naissante, Robespierre était-il un peu voué à l’échec pour avoir été parmi les premiers à lutter pour cet idéal de justice et de fraternité après les siècles d’obscurantisme de la monarchie.

Mais aujourd’hui, le message qu’il nous transmet prend une résonance considérable si on le situe dans le contexte de l’époque.

Alors qu’il était un jeune député presque inconnu de l’Assemblée constituante, le premier, Robespierre osa demander l’abolition de l’esclavage dans nos colonies. Plus tard, c’est l’homme de la Convention et du Comité de Salut Public qui sut prendre les mesures nécessaires pour instaurer la République et la sauver des dangers considérables qui la menaçaient au-dedans et à l’extérieur. Il souleva l’enthousiasme populaire et fit lever la plus fameuse armée du peuple qui, avec ses généraux roturiers comme Hoche et Kléber, vainquit les puissances de l’Europe entière liguées entre elles pour écraser ce premier peuple libre et rétablir la royauté.

Les révolutions à venir

L’élan ainsi créé est si considérable qu’il inspira tous les penseurs révolutionnaires du XIXe siècle comme Gracchus Babeuf et Karl Marx, préparant les révolutions à venir qui devaient secouer le monde entier. Mais on ne peut dissocier le nom de Robespierre de ceux qui servirent la cause de la Révolution de tout leur être, comme le jeune Saint-Just et Marat,  » l’ami du peuple « , la sentinelle de la Révolution, comme l’appelaient les sans-culottes. Il est juste et salutaire de rendre la place qui leur revient à ces premiers patriotes, authentiques amis du genre humain.

Dans notre société, dominée par les puissances d’argent, je prends résolument parti contre l’histoire traditionnelle, pour cet  » Incorruptible  » qui combattit pour le bonheur de tous et dont la lutte nous éclaire encore.

Bulletin du comité d’entreprise d’octobre 1987.

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