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Cet article a été écrit par René Fagnoni, le 8 septembre 2010, archivé en catégorie Combats Syndicaux.

Sur le grand paquebot du 37, rue du Louvre

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Madame la Députée de la 1ère Circonscription de Paris,
Monsieur le Maire du 2ème Arrondissement, Conseiller de Paris,
Madame l’ Adjointe au Maire de Paris, en charge de la Mémoire et du monde combattant,
Chers Amis,
Chers Camarades,

Après bien des péripéties, c’est au terme d’une longue marche entamée par ceux qui nous ont précédé dans la carrière au sein de cette illustre maison, riche de son passé dans l’Histoire de la Presse nationale, que nous nous retrouvons ici aujourd’hui afin d’honorer ceux qui furent parmi les meilleurs d’entre tous. Cette stèle immortalise à tout jamais le sacrifice de quatre résistants qui ont refusé de se soumettre au diktat fasciste.

Précisément, nous sommes au cœur même du sanctuaire du quartier de la Presse où Jean JAURES fut assassiné pour la défense de ses idées, tout près d’ici au Café du Croissant.

Notre présence ici est hautement symbolique et témoigne de la continuité du combat pour la Liberté de la Presse et les Droits de l’Homme. Il est important de faire sortir la commémoration de ces évènements de la nébuleuse dans laquelle on se complait habituellement. Car ce combat n’est pas une lutte abstraite, c’est l’empoignade virile avec les évènements qui engendrent l’Histoire et qui peut aller jusqu’au sacrifice suprême.

C’est celui qu’avaient entrepris nos camarades, militants du Livre CGT, dont les noms figurent sur cette stèle que nous replaçons aujourd’hui sur la façade de l’immeuble où, dans le fracas infernal des rotatives qui tournaient jour et nuit, on sentait vibrer sur toute sa hauteur le mastodonte de Presse, sortant du tréfonds de ses entrailles les centaines de milliers d’exemplaires qui, à la Libération, allaient redonner confiance et courage à la population de notre pays .

Il y a quelques années, l’écrivain Jean Marie LE CLEZIO, rendant visite à Franz Olivier GIESBERT, alors Directeur de la rédaction, caressait les murs chargés d’Histoire de ce grand paquebot en évoquant les figures du passé qui avaient travaillé en son sein et qui l’habitaient encore, d’Albert Londres à Joseph Kessel en passant par Colette, Saint-Exupéry, Blaise Cendrars, Jean Cocteau, Pierre Lazareff, Aragon et tous les autres, journalistes, écrivains, ouvriers du Livre

Cette entreprise de Presse reprise à l’occupant les armes à la main en Août 1944 par la Résistance dont faisait partie l’écrivain Jean DUTOURT qui raconte l’épisode en détail dans son livre « Le demi solde ». Je ne peux m’empêcher de citer René BOUCHER, correcteur, secrétaire de l’intersyndicale à la Libération :

« 1944 ! Le vent tourne… L’invincible Wermacht bat en retraite. Le canon tonne aux portes de Paris. Les barricades se dressent à chaque coin de rue. Des soldats sans uniforme prennent possession de ce géant de la Presse.

Dehors, la bataille fait rage. Les chars « Tigre » qui attaquent l’Hôtel des Postes de la rue du Louvre tout proche, font trembler les vitres. Qu’importe ! Chacun est à son poste, qui à son composteur, qui le fusil au poing. Et à la lueur des incendies allumés par les grenades des SS, naît une nouvelle presse. Une presse qui promet, qui jure même, de ne jamais ressembler à l’ancienne. Puisse-t-elle tenir ses engagements… »

Nous aurions failli à notre devoir de responsables syndicaux si, aujourd’hui nous ne rendions pas à nos camarades, l’hommage qui leur revient. Ils nous ont tracé la Voie et continuent de guider nos pas. Il est d’autant plus important que nous nous souvenions d’eux au moment où les idées fascisantes resurgissent autour de nous. A nous de poursuivre la lutte qu’ils avaient engagée avec l’ensemble des Résistants pour chasser les nazis de notre pays. Soyons modestes en regard de l’étendue de leur sacrifice.

René FRANCOIS, Albert BOURQUART, René BORDIER et Victor WESHLER.

Dans l’Histoire de la Classe ouvrière, dans l’Histoire qui coule vers l’émancipation des Hommes, vous avez été un moment révolutionnaire.
PLUS QUE DES HEROS, VOUS ETIEZ DES HOMMES VERITABLES.

Il est juste et équitable pour le devoir de mémoire de se souvenir de ceux qui sont allés jusqu’au sacrifice de leur vie pour que nous puissions vivre dans la dignité retrouvée. Vous partagerez certainement avec moi les propos de Jean MIOT ex Président de l’AFP, lorsque dans l’une de ses récentes interventions, il cite Albert CAMUS en déclarant : « La Presse est la conscience d’une Nation ».

C’est bien de l’Histoire contemporaine dont il est question ici aujourd’hui.

René FAGNONI

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