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Cet article a été écrit par René Fagnoni, le 10 juillet 2015, archivé en catégorie Algérie.

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Maurice Laban, ce Héros !

Portrait de Maurice Laban. Dix fois plus qu'un héros, c'était un Homme véritable.

Dix fois plus qu’un héros, c’était un Homme véritable.

Dans le vaste Panthéon où repose l’innombrable cohorte des martyrs glorieux ou inconnus qui ont arraché l’Indépendance de l’Algérie, il en est un dont le nom se confond avec l’héroïque et rude combat pour la Liberté.

La Fraternité :

Maurice Laban, l’enfant de Biskra, porte la mémoire des luttes menées depuis la nuit des temps afin que le triptyque sur lequel repose la devise de la République ne soit pas seulement une abstraction. C’est ce qu’il devait apprendre aux jeunes enfants de son école indigène dont il était l’instituteur. Dans la devise républicaine, il a incarné plus particulièrement le concept de Fraternité, par ses différents engagements au long de sa vie. Pour lui, la vertu concrète du principe de fraternité était par dessus tout la clé d’une Liberté non égoïste et d’une Egalité altruiste, toujours l’une et l’autre soucieuse d’autrui, pour lui, de ses frères Algériens, comme il aimait se reconnaitre comme l’un d’entre eux. Il avait le front assez haut, les épaules assez larges pour rassembler tous les efforts déployés par quelques uns pour réduire les fractures sociales criantes générées par le colonialisme.
Il était persuadé que faute de ce progrès éthique, faute de ce sens de la dignité de l’autre et de notre partage de la même condition humaine, comment pouvons nous espérer que la revendication de Liberté et de d’Egalité ne soit pas réduite, le plus souvent à défense de ses propres intérêts. Tous ces combats menés durant sa trop courte vie, il les a engagés dans l’espoir que reculent durablement les indifférences, les haines, les rejets de l’autre et les ignorances. Par dessus tout, il considérait tout être humain comme son frère.

L’exemplarité :

Il était né en 1914 à Biskra où durant sa vie, Maurice Laban n’a jamais cessé d’apporter de l’aide à ses frères algériens dans le dénuement de cette ville du sud algérien jusqu’à cette date fatidique du 6 juin 1956 où il tombe au champ d’honneur aux côtés de son camarade Henri Maillot qui avait rejoint la lutte des maquisards algériens avec une cargaison d’armes et d’autres martyrs tels que Belkacem Hannoun, Djilali Moussaoui et Abdelkader Zelmatt.
Toute son existence témoigne de ce pourquoi tant de Femmes et d’Hommes ont donné leur vie pour que leurs frères puissent vivre dignes et libres.
C’est à Paris, en 1934, qu’il adhéra au Parti communiste où il fut secrétaire de la fédération parisienne des étudiants communistes.
Durant la guerre d’Espagne, il se porta volontaire dans les Brigades internationales. Dans la rage des combats contre la dictature franquiste , à Teruel, il fut blessé à la jambe. A Madrid, il fut atteint à la face. On crut que sa blessure était mortelle à tel point qu’un officier espagol républicain voulut l’achever, pour abréger ses souffrances. Georges Raffini, un communiste d’Algérie était là et l’en empêcha. Il emporta son camarade de combat sur ses épaules et lui sauva ainsi la vie. La bouche cousue, la tête entourée de bandages, Maurice Laban fut rapatrié en France.
En 1940, de retour en Algérie où il s’était marié avec Odette, durant la seconde guerre mondiale, le gouvernement de Vichy, après l’avoir torturé, l’emprisonna à la prison Barberousse d’où il s’évada. Repris, Maurice fut condamné à la prison à perpétuité. On le transféra à la prison de Lambéze. Odette et Maurice furent libérés en 1943, après le débarquement des alliés. Quand il sortit de prison, son père , qui avait été, lui aussi emprisonné, mourut.

Les difficultés de Maurice Laban avec le Parti communiste commencèrent en 1944. A cette époque, les députés français, toujours présents à Alger, et le PCA demandaient aux Algériens de participer à l’effort de guerre de la France. Pendant ce temps, les Algériens souffraient de la famine et du typhus. La section communiste de Biskra, dont Maurice était le secrétaire, adressa un rapport au Comité central pour exprimer son désaccord sur le fait que défendre exclusivement des mots d’ordre nationaux français était une erreur. On accusa alors Maurice de nationalisme. Son exclusion du Parti fut même envisagée.
A partir de ce jour, les Laban devinrent des suspects devant qui on détournait la tête.
En 1952, Maurice apprit qu’à Djemmorah, un village des Aurès, l’école était fermée depuis quatorze ans, faute d’instituteur. Il demanda le poste et y fut nommé en novembre. En mars 1953, on le révoqua. Ce travail lui facilitait trop les contacts avec le paysans de la région.
Depuis l’enfance, il était lié d’amitié avec Mostépha Ben Boulaïd, l’un des animateurs de l’OS, l’Organisation spéciale, l’organisation para-militaire fondée par les nationalistes algériens. Sa plantation de palmiers lui permettait d’acheter des engrais avec lesquels il fabriquait de la poudre. Dès la fin des années quarante, à l’insu du PCA, il en fournit pour les maquisards des Aurès.

Le 1er novembre 1954, Maurice Laban était à Biskra. Il fit tout de suite savoir au Comité central qu’il voulait participer à ce qu’il considérait être une guerre de libération. Il fut indigné par les prises de position du PCA à cette époque. Une délégation fut envoyée auprès du Comité central pour faire part de la volonté de ces hommes de s’engager dans la lutte armée.
Il s’agissait ni plus ni moins d’une critique de la théorie de Maurice Thorez sur « l’Algérie, nation en formation » qui continuait à régner sur la politique algérienne du PCF et à influencer le parti algérien.
Quelques temps après, les Laban et leur fils furent expulsés de Biskra par la police. L’arrêté d’expulsion était signé par François Mitterrand. Maurice s’attendait à être arrêté. Il passa dans la clandestinité à Alger. Odette et son fils partirent en France.

Après des discussions serrées, la direction du PCA, finit par rallier la lutte armée menée par le FLN pour l’Indépendance.

Beni Boudouane :

Le mardi 22 mai 1956, son camarade, Henri Maillot fut condamné à mort par contumace par le tribunal des forces armées d’Alger.
Début juin, les maquisards de son groupe passent à l’action. Ils abattent quatre collaborateurs des autorités françaises puis mettent le feu au bureau du caïd du douar Beni Rached. Ils s’enfuient sur la rive droite du Cheliff. Alors que leur présence est signalée dans cette région où le bachaga Boualem a mis sur pied d’importantes milices de harkis, l’un d’eux va chercher du ravitaillement dans le village de Lamartine. L’importante quantité de vivres commandée attire l’attention. L’homme est arrêté, torturé. Sous la douleur, il dit où se trouvent ses camarades. Ses tortionnaires l’achèvent, en violation compléte avec les accords de Genève sur les prisonniers.
Une opération est lancée contre les maquisards. Le mardi 6 juin 1956 à l’aube, les maquisards sont encerclés.
Hamid Gherab vit Maurice Laban mourir en combattant, après avoir échangé des coups de feu avec les militaires. Trois autres maquisards furent tués ce jour là. Ils s’appelaient Belkacem et Djilali ainsi qu’Henri Maillot.
A dix neuf heures, le 6 juin, la police vint prévenir la mère d’Henri Maillot que son fils était mort avec ses camarades. On les enterrait à Lamartine, devenu El Karimia, hors du cimetière qui leur fut interdit. C’est le fils de Maurice qui entendit la nouvelle à la radio avant d’aller à l’école. Il prévint sa mère en lui téléphonant. Pendant très longtemps, Odette Laban refusa de croire à la réalité de la mort de son mari. Lui qui avait échappé à la mort en Espagne, qui s’était échappé de Barberousse, qu’on avait déjà proclamé mort une fois… Non, ce n’était pas possible.
Hamid Gherab, le témoin, réussit à échapper à l’encerclement et à s’enfuir durant la nuit. C’est lui qui écrivit à Odette, des années après, en 1970 :

« La mort de Laban a été celle d’un homme qui vivait son idéal, qui ne trichait ni avec lui même ni avec les autres, qui a fait très simplement le sacrifice de sa vie parce qu’il pensait qu’il ne pouvait en être autrement. De l’Espagne au Beni-Boudouane, ça a été toujours le même homme qui n’a pas dévié d’un pouce, qui aimait les hommes droits et méprisait les fausses hiérarchies. Il est mort en plein combat en tirant jusqu’à son dernier souffle sur des soldats pleins de haine et de peur. »

Le courage et le sacrifice :

Ce qui est frappant dans le récit de cette trajectoire de Maurice Laban, rectiligne et tendue comme la corde d’un arc, c’est la dimension tout à fait exceptionnelle d’un courage et d’un esprit de sacrifice à nul autre pareil. Tout cela fait de lui un Héros à la figure christique, par la volonté qu’il a su déployer tout au long de sa vie pour faire descendre du haut des temples, où elle est gravée, la devise de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » et la mettre en pratique dans le difficile combat pour la libération et l’émancipation des Hommes. L’exemplarité qu’il a su déployer au long de sa vie brève est un constant rappel face aux privilèges exorbitants des oligarchies et des potentats qui s’arrogent le droit de diriger les peuples du monde.

Depuis le mois d’avril 2002, une rue à Biskra, près de la gare, porte le nom de Maurice Laban, l’un de ses fils, parmi les meilleurs.

Que sont devenus ces Femmes et ces Hommes qui sacrifièrent tout à leur idéal.
Qu’au moins leur Histoire soit écrite et transmise. Si nous ne savons pas le faire, qui donc le dira ?

René Fagnoni
Auteur de « Chronique des Aurès ».

2 commentaires

  1. René Fagnoni
    12 juillet 2015

    « Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues.
    Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre ».
    Victor Hugo, Océano nox.

  2. Yassine Mosteghanemi
    13 août 2015

    Merci mon cher ami René pour ce témoignage qui restera pour l’histoire et je finirai par un versé que mon père me disait :
     » Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
    Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
    Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
    Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
    Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
    Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour. »
    Victor Hugo, Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent

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