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Parmi les événements
qui ont jalonné la vie de l'entreprise au cours des
dernières semaines, il en est un qui n'a pas fait grand
bruit, mais qui a rempli d'émotion certains d'entre
nous. Il s'agit de la découverte, au hasard d'un rangement,
des archives contenant la première série des
bulletins retraçant l'activité de la Sirlo de
1944 à 1955.
A la lecture de ces feuillets jaunis par le temps, c'est
tout le tumulte de cette époque fertile en événements
épiques qui nous envahit soudain. Au grondement sourd
des blindés allemands vaincus, qui tirent leurs dernières
salves, rue du Louvre, succèdent le cliquetis des linotypes
et le vrombissement des rotatives imprimant les premiers quotidiens
issus de la Résistance.
Dans le fracas infernal des rotatives qui tournent jour et
nuit, on sent vibrer, sur toute sa hauteur, le mastodonte
de presse qui va sortir du tréfonds de ses entrailles
les milliers d'exemplaires dont la diffusion à travers
le pays va redonner confiance et courage à la population.
Plus important, ce qui nous frappe, c'est de constater, avec
le recul du temps, combien les militants révolutionnaires
qui nous ont précédés ici ont joué
un rôle considérable dans l'organisation, la
restructuration du Syndicat. Ils avaient tout à rebâtir
sur les ruines de l'occupation. Ils se sont mis à la
tâche avec ferveur et nous leur devons l'essentiel de
ce que nous connaissons aujourd'hui : nos conventions collectives,
la Caisse Gutenberg, la Mutuelle de la presse et bien d'autres
choses, dont l'air de liberté qui flotte encore dans
nos ateliers.
Du cur de cette mêlée, émergent
les noms de René Boucher, secrétaire du GIA,
et celui d'Eugène Sayer, secrétaire du premier
comité d'entreprise, dès 1945. C'est lui qui
signe Ribelulo les nombreux poèmes qui essaiment ces
pages jusqu'à 1948, année de sa mort tragique.
En haussant le niveau des luttes engagées, ils ont
préparé l'avenir, non sur de vagues paroles
ou sur des formules creuses, mais en élaborant pied
à pied un programme structuré de lutte anticapitaliste.
Attachants, cultivés, pétris de générosité,
ces Justes ont quitté le devant de la scène
sur la pointe des pieds, sans distinctions honorifiques. Si
d'autres sont " arrivés ", dans le temps
où, eux, sont restés Ouvriers du Livre, le fait
capital de leur action c'est qu'ils introduisent avec force
dans leur argumentation le facteur moral comme condition essentielle
de toute entreprise militante. Ils ne demandaient aux autres
que ce qu'ils étaient capables d'exiger d'eux-mêmes.
Ainsi, ils ont su créer l'étincelle qui, malgré
les défaillances et les imperfections de la nature
humaine, a suscité cet élan irréversible
qui va vers une société plus juste, plus humaine.
A l'encontre de tous les sceptiques, de tous les curs
secs, ce sont eux qui avaient raison car, sans les avoir connus,
bien des années après, nous continuons d'en
parler avec cet élan du cur qui les fait reprendre
place parmi nous, dans les rangs pour nous accompagner tout
au long du chemin qui nous reste à parcourir.
Bien plus que des héros, c'étaient
des hommes véritables.
Dans ce présent Bulletin du CE, nous reproduisons,
dans la typographie de l'époque, quelques brefs fragments
du numéro de janvier 1945, évoquant la fin de
" Paris-Soir " et de la presse de collaboration
pour laisser la place aux titres qui portaient alors l'immense
espoir de la Libération.
Bulletin du comité d'entreprise de mai 1989.
R.F.
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