Hominum mémoriam
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Cependant, à quelques nuances près, les gouvernements successifs ont fait le choix, pour notre pays comme pour l'Europe en construction, du TOUT AUDIOVISUEL, au risque de tuer l'intelligence et la culture dans nos pays pour longtemps. Dans un tel contexte, la place réservée à l'écrit et à la lecture stagne, voire régresse.

Au cours de ces dernières années, le fait marquant que l'Histoire retiendra est, de toute évidence, la mort des idéologies, qui, pour autant, n'a pas réduit les problèmes planétaires car les conflits ethniques et les morts qui s'ensuivent n'ont jamais été aussi nombreux. Ce qui est certain, c'est que le débat d'idées, lui, s'en trouve singulièrement appauvri, et aussi loin que porte mon regard, je n'aperçois plus de grands polémistes ou de grands débatteurs, tel Emile Zola qui, un siècle auparavant, avec son "J'accuse", dont c'est précisément le centenaire, faisait la démonstration de la force et de l'influence de la presse écrite.

En effet, le meilleur support pour le débat d'idées n'est?il pas la presse avec la possibilité qu'elle offre aux écrivains, aux journalistes et aux penseurs d'exposer complètement, sans le schématiser, le fruit de leurs réflexions devant l'opinion tout entière en provoquant des réactions enthousiastes ou polémiques qui ont cependant la faculté de faire battre le coeur d'une nation.

Devant la pauvreté du débat politique en cours, dont l'essentiel, pour une grande partie de l'opinion, se résume au saupoudrage du journal, télévisé de vingt heures, il a été facile d'instaurer la pensée unique, celle-là même conçue pour servir de relais à la technocratie dominante, au marché, et à l'argent-roi, dans le cadre de la mondialisation des échanges. Cette nouvelle doctrine, la seule qui
vaille, et la seule autorisée par une invisible et omniprésente police de l'opinion, n'a jamais été aussi arrogante et insolente. Sa répétition constante dans tous les médias par presque tous les hommes
politiques, de droite comme de gauche, lui confère une telle force d'intimidation qu'elle étouffe toute tentative de réflexion libre et rend fort difficile la résistance contre ce nouvel obscurantisme. Or,
nous mesurons encore mal les dégâts provoqués par la mondialisation, en particulier dans le domaine culturel, car elle s'accommode mal des différences, et son credo est l'uniformisation non seulement des cultures, des modes de pensée, mais aussi des coutumes et des modes de vie.

Pourtant, la richesse de notre village planétaire ne réside-t-elle pas précisément dans ces diversités culturelles, ethniques, philosophiques et religieuses qui concourent au grand brassage universel, principal moteur de l'Humanité. Quel appauvrissement ce sera, pour chacun d'entre nous, lorsque la dernière tribu du fin fond de la Papouasie se sera alignée sur la loi du marché véhiculée par la pensée unique. Au train où vont les choses, c'est pour après-demain.

R.F.